CHASSE DU 7 AOUT 2008

 

Attention, chasse chaotique!

Pour la journée du 7 août, les prévisions étaient assez formelles : que ce soit notre cher organisme national (Météo France donc) ou bien notre non moins cher Crack national (prévisionniste amateur officiant notamment sur Infoclimat), tous annonçaient une franche dégradation sur la région Rhône-Alpes. Tel que confirmé par une étude rapide des modèles, l'Isère était bien placé pour recevoir une bonne part du gâteau. L'axe d'instabilité étant vu se décaler assez lentement vers l'Est je décidais d'aller d'abord chasser dans l'ouest du département dans l'après-midi, alors que de puissantes cellules se manifestaient sur les monts du Forez.

J'emprunte donc la route nationale en direction de Bourgoin-Jallieu (et de Lyon à fortiori) mais me retrouve vite bloqué derrière un de ces chers (ironique cette fois-ci) convois exceptionnels qu'on affectionne particulièrement en cas de chasse. Ceux qui connaissent le coin sauront que cette nationale est souvent encombré et que se retrouver derrière deux semi-remorques roulant à 50 n'a rien de réjouissant. Chance : je parviens à les doubler assez rapidement et bifurque en direction de Vienne (sud de Lyon).

Le ciel s'est noirci tout aussi rapidement et j'ai l'impression que je m'approche déjà d'une cellule intéressante. Je m'arrête donc sur le bas côté pour installer mon caméscope derrière le pare-brise et me préparer à filmer tout en conduisant (j'ai un système de fixation, ne vous inquiétez pas). Malheureusement, au moment ou je souhaite repartir, le véhicule d'accompagnement du convoi exceptionnel vient de passer, et je vois apparaître dans mon rétroviseur le premier des "gros culs". Effrayé d'un hypothétique blocage derrière ce camion, j'embraye la première et démarre en trombe devant lui, avec une marge plus que raisonnable. J'accélère et rattrape donc vite le véhicule de tête, assez vite pour être tenté par un dépassement, d'autant plus que la route est droite et que le marquage au sol m'y autorise. C'était sans compter sur la susceptibilité du monsieur qui, sans doute vexé de m'avoir vu m'immiscer entre lui et son copain routier, se déporta sur la gauche de la route pour m'empêcher de le dépasser. Sauf que déjà à sa hauteur, il m'a fallu mordre la poussière pour finir mon dépassement et offrir un récital ornithologique (sortir des noms d'oiseau à l'attention de ce jeune homme). Une frayeur qui refroidit et qui me pousse à vous dire : faites gaffe en chasse, l'excitation mène parfois à des situations délicates sur la route!

Bon, le ciel noir d'encre qui se présente face à moi tend à me faire plus ou moins oublier cette histoire et... ah! un coup de foudre! Juste en face! Mince, je filmais pas encore... J'appuie donc sur le "Rec" et continue ma route, recherchant maintenant un éventuel spot d'observation pour capturer encore quelques images de cet orage qui n'a toutefois pas très bonne mine. Quelques kilomètres plus loin, je trouve un chemin qui part sur la droite de la route et monte légèrement pour m'offrir une vue correcte. Je m'y arrête et sors l'appareil photo:

Rien de transcendant c'est certain. D'ailleurs, j'ai filmé quelques minutes avec mon caméscope avant de comprendre que cet orage était en fin de vie et de l'éteindre. C'est à ce moment qu'une belle décharge internuageuse parcoure le paysage. Hum, bon, restons calmes :aie:

Il me semble distinguer des bourgeonnements à l'arrière et la cellule va passer plus au nord de ma position, j'entreprends donc de reprendre la route vers le nord. Hop, marche arrière, et oeil dans le rétro.... mais... ne sont-ce pas mes amis à girophare de tout à l'heure? Eh oui, il s'agit bien du convoi exceptionnel qui... s'arrête devant l'entrée du chemin! Mer**, ils me traquent! Quelque peu effrayé, je préfère ne pas bouger de derrière mon buisson et attends que le convoi reprenne la route et s'éloigne. Allez, encore quelques coups de foudre manqués...

Le temps que je bouge, l'orage a véritablement crevé, et s'est de toute façon échappé trop vite pour moi. Je redescends donc vers Vienne et vers des collines sympathiques que j'avais repéré il y a quelques temps. D'autres averses semblent en gestation mais ne donnent pas d'activité éléctrique. Un ciel un peu chaotique cependant:

Timides les mammatus...

Depuis un joli point de vue, j'observe les restes des orages qui ne cessent de germer de l'autre côté du Rhône, sur la Haute-Loire notamment. Je n'ai droit qu'à un rideau de pluie moribond. (Soit dit en passant, désolé pour le décor type "rouleaux de paille" un peu redondant pour moi en ce moment)

Non non ne partez pas! Ca va être mieux bientôt! Promis!
Aaah vous voyez, un impact de foudre finalement, parti de l'enclume!
Mince, je ne filmais pas, là non plus, aucune preuve... :ermm:

En tout cas, à l'ouest, on aperçoit dans les trouées, des enclumes de Cb plus fraîches!

Et l'instabilité est extrêmement forte au dessus de ma tête. Nul doute qu'il va se passer quelque chose dans les prochaine heures.

Mais la propagation de l'enclume immense des orages ouest-Rhodanien ne me donne pas confiance quant aux chance de la zone présente. Et c'est la vision de ceci, plus au sud, qui va tout changer:

Une enclume jeune et surtout bien solide! Cette zone étant ensoleillée depuis plusieurs heures, elle avait emmagasiné beaucoup d'énergie, qu'elle allait sans doute mettre maintenant à contribution. Je reprends donc la route en direction du sud-ouest, pour tenter de me rapprocher de la trajectoire potentielle future de cet amas en formation.

Direction donc le panorama tant adoré de La Côte Saint-André, que je rejoindrai non sans avoir fait quelques demi-tour dans les rues en travaux du bled. Grrr. Heureusement, arrivé en haut, je ne me suis pas trompé!

L'orage est bien là et il s'apprête à défiler devant mes yeux! Les impacts de foudre, tels des petits soldats, se dressent au garde-à-vous et avancent au pas vers moi. Tout mon attirail est sorti pour filmer et photographier mais la luminosité est encore un peu forte pour saisir la foudre en photo. La progression de l'orage paraît lente et la bande de mon caméscope touche à sa fin. Je décide donc de le stopper momentanément histoire de garder de la place pour le "gros moment". 2mn plus tard, un éclair vraiment impressionnant, le seul finalement, parfaitement net et à impulsions multiples, tombe à 1km face à moi, provoquant une surtension sur une ligne électrique de la plaine. Je venais aussi d'arrêter mes déclenchements photo car premières gouttes de pluie... On s'énerve pas Chris, on s'énerve pas!

Il avance plus vite qu'il n'y paraît en fait, comme souvent. Je me retrouve donc à "foncer" vers Grenoble essayant de le précéder. J'espère en fait rejoindre les hauteurs de Voiron pour prendre de nouvelles photos, en cette heure crépusculaire. Sur la route, des puissants flashs émanent de derrière moi. Des lueurs que je qualifierai de "mauves" ("oh, des mauves! mes préférés!") attribuables sans doute à la lumière particulière de ce moment :

Notez que j'ai saisi un petit-petit impact sur celle-ci.

Oui mais le temps de redescendre sur Grenoble, ma route va croiser celle de l'orage. Il est déjà là, impressionnant, superbe... impressionnamment et superbement électrique... en effet l'activité est devenue folle. La foudre matraque la campagne et... je n'ai nulle part ou m'arrêter! Aaaah!
Je finis par me stopper en catastrophe juste avant l'entrée d'un quartier résidentiel, en bordure d'un champ de maïs. Je pose mon appareil photo sur le toit de ma voiture et je shoote:

Imaginez sur la droite des flashs incessants et de réguliers impacts qui déchirent le paysage. Tiens, non, plutôt que d'imaginer, regardez la vidéo réalisée par Meteo38 au même moment, à quelques kilomètres de là : http://www.infoclimat.fr/multimedia/videolive.php?&id=722 (Je suis tout en bas, derrière les petites lumières :o ) Instant fort et intense durant lequel je ne maîtrise plus rien. A tel point que je n'arriverai pas à faire une photo magique d'impact proche dans ces conditions!

J'ai cependant pu tirer quelque chose d'intéressant de cet instant en réalisant une séquence animée composée d'une vingtaine d'images toutes prises dans la même minute mais qui rendent bien compte de l'avancée du rideau de précipitations (pluie+grêle) et laisse apercevoir un renflement dans la zone droite de l'anim, à la base de ce rideau. Il s'agit d'un symptôme caractéristique d'une puissante micro-rafale (ou downburst) qui n'a pas provoqué de dégats majeurs à ma connaissance mais a du secouer plus d'un platane.

Mais ce qui me fera halluciner par dessus tout, c'est que quelques secondes avant le déferlement de l'orage sur le quartier, alors que je range en panique mon matos dans la bagnole, de par le risque important de foudroiement, j'observerai : un joggeur joggant tranquilement (un joggeur sachant jogguer.... hum, pardon), deux jeunes filles se balladant tranquillement, une madame promenant son chien et pas l'air pressé de rentrer. C'est incroyable ce que les gens sont inconscients du danger!

Enfin, quelques secondes plus tard, ils se sont donc ramassé pluie forte et grêlons sur le crâne (qui à dit "tant mieux"? Rooh c'est pas sympa!)

J'essaie de profiter malgré la frustration et l'impression d'avoir raté beaucoup de belles choses photographiquement parlant, à quelques minutes près.

L'orage passe en fait rapidement au dessus de moi. Ou peut-être est-ce car le temps passe plus vite dans ces moments là... Toujours est-il qu'il me présente maintenant ses fesses en sévissant sur le massif de Chartreuse. Oui mais voilà, la plaine de Voreppe est une zone horible ou les champs de maïs gênent considérablement la chasse! Je me retrouve à rouler sur des routes minuscules entre des champs de maïs auxquels j'assignerai bien un test anti-dopage! Je finis tant bien que mal à trouver un endroit potable et réalise enfin des images potables!

L'activité est vraiment dingue. Chartreuse "prend cher"! Alainh a quant à lui réalisé une très belle photo de cette cellule, à voir sur le Photolive : http://www.infoclimat.fr/multimedia/photolive.php?photoid=59987&d=&dept=&region=&motcle=&start=48&auteur=&ord= (encore une fois je suis tout en bas derrière les loupiotes!)

Snif snif... non, je ne pleure pas devant tant de beauté, mais suis plutôt en train de renifler. Une forte odeur de brulé parvient en effet à mon nez. Pas de chaumière à proximité... je me retourne et aperçoit de la fumée qui émane du fossé en bord de route. La foudre aurait-elle provoqué un départ d'incendie. Toujours sous l'effet de l'excitation et du manque de lucidité, je me vois déjà effectuer mon devoir de citoyen en appelant les pompiers. Il me suffira de quelques secondes pour remarquer qu'il s'agit d'un feu "normal" de broussailles mis en œuvre par un agriculteur. Sans surveillance pourtant... étrange...

Disons qu'on a rien vu! Et c'est surtout que mon attention est capté par quelque chose d'autrement plus intéressant (si vous me permettez)! De nouveaux flashs apparaissent plus au sud, en direction du Vercors, laissant penser à l'activation de nouveaux orages prenant la direction de... Grenoble!
Ni une ni deux, je grimpe à la Bastille!

Ce qui est sympa à la Bastille, ce sont les petites grottes de Mandrin (tiens, comme la bière!) desquelles on a une belle vue tout en étant au sec!

Il est vrai que ça manque un peu d'ouverture et bien qu'on ne puisse leur enlever leur confort incomparable, je mets le nez à la porte pour y voir un peu plus clair. Un sacré paquet orageux s'active maintenant sur le Vercors et s'approche de moi. Ca sent définitivement la bonne soirée!


Vous remarquerez que les décharges qui me parvenaient étaient à ce moment surtout de superbes spiders, parfois un peu camouflés par les nuages, parfois pas!

Puis l'orage franchit soudain le Vercors et là c'est l'emballement. Activation soudaine du bestiaux et déferlante de coups de foudre sur la ville. Difficile à capter car soit derrière les précipitations, soit tombant plutôt au dessus de moi et faisant vibrer les roches de ces fameuses grottes.
Rassurant.

Celui-ci est quand même dans mon cadre mais le point d'impact est masqué par le bâtiment de la Bastille! Dommage!

Un peu mieux pour celui-là!

Il est pas tombé loin de chez moi, heureusement que j'ai tout débranché!

L'orage file vite vite sur Belledonne et je sors vite vite de ma cachette pour me positionner de l'autre côté du parking, face à Belledonne justement. En résulte ceci :

Malheureusement, depuis le parking on a vu que vers l'Ouest et vers l'Est mais pas trop vers le Sud, alors que de gros impacts semblent encore se produire là bas! Je me déplace donc quelques centaines de mètres plus loin jusqu'au bâtiment touristique de la Bastille. Je serai d'ailleurs peu embêté par les touristes ce soir-là. Etonnant n'est-ce pas?

Le spectacle est pourtant grandiose, et je raterai encore pas mal de potentiellement superbes images. La faute à pas de chance encore.
Cette dernière a été réalisée un peu au hasard. Je cadrais dans cette zone où il ne se passait plus grand chose depuis un moment, espérant sans trop y croire que la décharge ultime allait sortir. Je lance ma pose et je baisse la tête pour ranger quelque chose dans mon sac. Un flash assez fort m'éclaire. "Ah, tiens, j'ai du rater quelque chose!?". Mon cher ami Canon lui, ne l'avait pas manqué!

Un peu lointain certes, mais c'est toujours une surprise agréable à découvrir sur l'écran de l'appareil!

Par la suite, j'irai chasser une petite cellule jeune née plus au sud, en allant me poster en bordure des balcons de Belledonne (derrière Eybens pour ceux qui connaissent). Superbe coup de foudre au moment de descendre de la voiture et d'installer mon trépied... puis plus rien. Ah si, 10mn plus tard, sans même prévenir (héhé), un énorme impact tombe droit devant moi à moins d'un kilomètre. Photo totalement cramée...

Tant pis, cette chasse plein de rebondissements ne se termine pas si mal en fin de compte. Je n'ai pas eu mon foudroiement de l'antenne de la Bastille tant désiré mais je ne peux pas vraiment me permettre de me plaindre d'avoir assisté à plusieurs heures de show dans un confort total!

 

 

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